R E PUBLIQUE FRANÇAISE
VILLE DE POISSY
COMMUNIQUE DE PRESSE
Le Maire, Ville de Poissy, Démolition-reconstruction du quartier de la Coudraie
Député des Yvelines
Poissy, le 16 février 2004
Un renouvellement urbain du quartier de la Coudraie à Poissy s'impose. Depuis plusieurs années, l'architecture de ce quartier, construit dans les années soixante, caractérisée par des barres uniformes d'un habitat social très dense et isolé, se révèle inadaptée aux besoins et aux demandes des habitants, en dépit de différentes tentatives, coûteuses et toutes infructueuses, de revalorisation [réhabilitation, nouvelle politique de location, etc.). Les dégradations et le climat d'insécurité ont ôté tout attrait à ce quartier.
La loi d'orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine, dite loi Borloo, du 1er Août 2003 offre désormais de nouvelles possibilités d'intervention. Aussi l'Etat, la ville de Poissy, France Habitation, bailleur social unique sur le quartier, filiale du groupe OCIL, sont .tombés d'accord sur la démolition du quartier et sur la reconstruction" d'un "quartier nouveau prenant "en compte les aspirations des habitants. Les caractéristiques essentielles de ce projet de Très grande ampleur seront ;
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une architecture plus humaine grâce à un équilibre entre logements individuels et petits immeubles collectifs,
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une réelle mixité sociale par une combinaison harmonieuse de logements privés et de logements sociaux [HLM et accession sociale à la propriété),
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la suppression du foyer de travailleurs migrants, géré par la Sonacotra, dont les habitants seront relogés dans deux ou trois petites résidences a créer en-dehors de la Coudraie,
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uns desserte améliorée du quartier.
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A ce jour, seuls les principes du projet sont retenus. La mise au point détaillée est en cours d’étude. Elle permettra de définir précisément le nombre, la répartition et l’implantation des logements, et les équipements publics à réaliser. Le dossier définitif devra également respecter un équilibre financier. Il sera soumis au printemps 2004 pour approbation et financement a l'agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), nouvel organisme mis en place en 2004 par M. Jean-Louis Borloo, ministre délégué à la ville et à la rénovation urbaine.
Dans l'attente, et pour ne pas perdre de temps, il a été décidé de préparer les futures démolitions en engageant dès maintenant le relogement des habitants du quartier, à savoir 310 ménages. A cette fin, la ville de Poissy et le bailleur France Habitation ont constitué une « équipe- relogement », chargée de rencontrer les habitants et de préparer leurs dossiers de relogement.
Une réunion publique se tiendra prochainement dans le quartier, qui permettra d'informer en détail les locataires sur les lignes directrices du pro|et, les principales étapes de sa mise en œuvre, et les modalités de leur relogement.
Pour l'Etat Pour la ville de Poissy Pour le groupe OCIL
François Burdeyron Jacques Masdeu-Arus Robert Domenget
Sous préfet de Saint-Gemain-en-Laye député maire de Poissy directeur génénéral
DÉPARTEMENT DES YVELINES - V!ille DE POISSY PlACE DE LA RÉPULliQUE-78303 CEDEX -
TEL; 01. 39.22.56.40 -FAX 01.39.65.23 90
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Les revendications du Collectif des habitants de La Coudraie – 15 mai 2004
1. Que les habitants soient étroitement associés par l’intermédiaire du Collectif et de leurs associations au projet de réhabilitation du quartier.
2. Réhabilitation et non destruction du quartier de la Coudraie.
3. Toutes les familles qui veulent rester dans le quartier réhabilité de la Coudraie peuvent le faire. Cela vaut pour les habitants du foyer.
4. Pas de relogement forcé ou au rabais pour ceux qui souhaitent partir !
– Les familles qui souhaitent partir du quartier doivent recevoir des propositions de relogement correctes. C’est-à-dire au moins aussi bonnes en termes de montant du loyer, de nombre de pièces et de surface de l’appartement que ce qu’elles doivent abandonner à la Coudraie.
– À défaut, une indemnisation conséquente doit leur être proposée, en plus des frais de déménagement et d’ouverture de compteur EDF-GDF, de ligne France Télécom….
– En définitive, toutes les familles qui ne seraient pas satisfaites du relogement proposé doivent pouvoir, si elles changent d’avis, rester à la Coudraie.
5. Arrêt total des expulsions, dans la résidence comme dans le foyer.
En effet :
– la quasi-totalité des familles menacées d'expulsion le sont à la suite de difficultés financières ou sociales ou d'"accidents de la vie" ;
– le bailleur, qui ne reloue plus les appartements vacants, ne peut se prévaloir d’aucun préjudice financier.
6. Régularisation du bail de toutes les familles qui vivent à la Coudraie.
7. Halte à l’abandon du quartier (entretien, services publics…)
– Le quartier ne doit pas être abandonné sous prétexte qu'il est destiné à être démoli. Des gardiens doivent être réinstallés à demeure, l'entretien doit être repris, les réparations faites, au besoin en recrutant le personnel nécessaire dans la résidence.
– Des espaces de jeux pour les enfants doivent être construits et les espaces verts entretenus.
– Les services publics (éclairage, entretien de la voirie, poste…) doivent fonctionner normalement.
8. Réouverture à la location des appartements aux portes condamnées.
– Il y a actuellement une pénurie grave de logements et particulièrement de logements sociaux. Cette pénurie entretient une flambée des loyers dans le secteur des logements libres.
– Dans ces conditions, il est très choquant que plus de 300 grands logements sociaux soient maintenus volontairement vides depuis plusieurs années.
C’est d’autant plus choquant que, si l’on en croit le maire et le bailleur, aucun projet de réhabilitation n’existe encore à ce jour pour la Coudraie.
9. Non à la casse du logement social.
– Sous prétexte de mixité sociale, les autorités font détruire actuellement plus de logements sociaux qu’elles n’en font construire. C’est le cas dans les Yvelines. Plus de 17 000 familles attendent un logement social. Dans ces conditions, tous les logements qui seraient détruits doivent être reconstruits, sur place ou sur d'autres sites si nécessaire.
10. Que cesse la stigmatisation du quartier, notamment par les autorités municipales, comme “ quartier de délinquants ”.
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ARTICLE PARU DANS LA REVUE "TERRITOIRES" de l'ADELS été 2004
Pratique d'un projet de rénovation urbaine dans le cadre de la loi Borloo par le Collectif des Habitants de La Coudraie (78).
Les orientations générales du programme national de rénovation urbaine, dite loi Borloo du 1er août 2003, font une large place aux habitants des quartiers qui font l'objet d'un projet de rénovation urbaine. Elles sont précisées en introduction de l'ouvrage « Programme national de Rénovation Urbaine, Premiers projets, Novembre 2003 », on peut y lire :
« ce programme devra apporter des résultats rapides pour que, dans chaque quartier, l'action publique reprenne visiblement toute sa place en améliorant immédiatement la vie quotidienne de ceux qui y vivent et qui, bien souvent, n'ont pas le choix de leur résidence »,
« l'association des habitants de ces quartiers à l'élaboration des projets reste, en tout état de cause, la meilleure garantie de pertinence au regard de leurs aspirations. Il est souhaitable d'associer par une concertation active les représentants des habitants pour tout le déroulement de la démarche »,
« les procédures de relogement feront l'objet d'une attention particulière, en donnant à chacun le choix de rester dans son quartier ou de déménager ».
A la lecture de ces lignes, la loi de rénovation urbaine semble être la bouée de sauvetage des habitants de ces quartiers, le bol d'air tant attendu depuis des années.
Mais qu'en est-il vraiment ? L'épreuve des faits en est tout autre. En effet, la non consultation des habitants dans les projets de rénovation urbaine n'est pas une théorie sans pratique : en voici un cas concret, à savoir, le projet de « démolition-reconstruction » du quartier de la Coudraie à Poissy.
Les habitants : premiers concernés, derniers avertis !
Sans aucune concertation, ni information préalables, c'est par un communiqué de presse, en date du 16 février 2004, que les habitants de La Coudraie, un quartier HLM à Poissy de 600 logements, apprennent la « démolition-reconstruction » de leur quartier en totalité.
C'est le « triumvirat » mairie de Poissy, Sous-Préfecture de St Germain-en-Laye, et bailleur social, qui signe ce communiqué, imposant ainsi arbitrairement aux habitants un projet de démolition d'un quartier entier sans leur laisser la moindre marge de manœuvre. Ils y précisent, en outre, que cette opération est réalisée dans le cadre de la loi Borloo de rénovation urbaine.
Une unique réunion publique : pour inviter les habitants à quitter le quartier
A la suite de ce communiqué de presse, une réunion publique est organisée par la mairie et le bailleur, le 19 mars 2004, à laquelle sera également présent un représentant de l'Etat. La lettre d'invitation indique que le triumvirat a conclu « un protocole d'accord dont l'objectif consiste en la démolition et la reconstruction d'un quartier nouveau, en prenant en compte vos aspirations ».
Aussi, les habitants se rendent en nombre à cette réunion. Ils sont mitigés : le Collectif des Habitants récemment créé, dont ils sont majoritairement des soutiens, les a bien mis en garde : « n'attendez rien, il n'y a rien pour vous dans le projet.. » . Mais tous gardent encore un tout petit brin d'espoir : « enfin ! un projet de rénovation urbaine rien que pour nous...nous le méritons bien, cela fait 15-20 ans que nous vivons dans ce quartier dans des conditions parfois déplorables, comme pouvaient le montrer sans limites les médias lors des précédentes élections..…».
La réunion commence, un cadre de France Habitation (groupe OCIL), le bailleur social, présente une vue aérienne du site du quartier, « c'est un site exceptionnel »… Les habitants sont très attentifs mais anxieux, « quand va-t-on nous présenter le projet ?».
Le bailleur continue « nous n'en sommes pas à notre première opération de ce genre, nous savons mener ce genre d'opération…» et enchaîne sur la présentation de la fameuse « cellule de relogement », mise en place de manière commune par la mairie et le bailleur. Qu'est-ce donc ? Un passage obligé ?
Oui tous les titulaires d'un bail et uniquement ceux-là (excluant ainsi les enfants majeurs et autres personnes hébergées) doivent se rendre à cette cellule et faire une demande de relogement. Deux propositions, sans engagements de délais, leur seront alors faites en fonction de leurs souhaits, de leurs charges de familles et de leurs moyens surtout (passage en commission d'attribution).
Pas encore de projet !
Oui, d'accord, il faut passer par là, mais après ?... le projet ? Quel est-il ? Les habitants sont impatients de le découvrir. « Dans le cadre du relogement, les frais de déménagement et les branchements EDF GDF sont pris en charge par la cellule de relogement », quel générosité !! On n'en attendait pas moins… (mais ils y sont obligés, c'est mentionné dans la loi Borloo ).
Vous avez des questions ? proposent nos hôtes.
« Vous avez fini la présentation ? Et le projet, c'est quoi ?», lance un habitant.
« Pour l'instant, on est dans la phase de relogement, ensuite on verra le projet… celui-ci n'est d'ailleurs pas établi !!! », répond le maire.
Incompréhension et indignation complète dans toute la salle. Un représentant du Collectif des Habitants prend la parole et fait part à l'ensemble de l'assemblée du discours préparé pour porter la voix des habitants. La lecture de ce discours est applaudie chaleureusement, la foule des habitants s'y est reconnue…Il n'y a plus d'ambiguïté, ils ont tous compris la supercherie de ce triumvirat qui les a méprisés en les excluant du projet. A tour de rôle, ils prennent la parole pour faire part, à nouveau de leurs indignations, de leurs inquiétudes, de leurs questions. Pourquoi détruire s'il n'y a pas de projet ? Pourquoi ne pas nous reloger sur site ? Les appartements sont les plus grands et les plus spacieux de la ville, pourquoi les détruire ? Pourquoi ne pas réhabiliter ?... Autant de questions qui resteront sans réponse..
La concertation peut attendre
Le maire, agacé, se lance dans son ultime provocation, il devient agressif « Vous ne comprenez pas ? Vous avez besoin d'un traducteur ? Je vous le répète, vous n'avez qu'une seule chose à faire : aller vous inscrire à la cellule relogement » !!
La salle, comble d'habitants, est sur les nerfs. Quel mépris ? Et cette allusion au traducteur ? Que signifie-t-elle ? Nous faut-il rappeler qu'effectivement le quartier est majoritairement habité par des familles issues de l'immigration. Mais, une chose est claire, aucun n'a besoin de traducteur, ils sont tous très lucides et comprennent le projet inavoué du maire : purger le quartier de sa population modeste !
Le maire continuera sur le même registre, se sentant à bout d'arguments, il stigmatise le quartier, il prétextera la délinquance pour justifier la démolition. Mais, ce n'est pas très sérieux comme solution, si elle était appliquée à l'ensemble du territoire français, il faudrait détruire beaucoup de quartier y compris dans des villes très chics où prolifère la délinquance en col blanc ! Les habitants d'ailleurs ne comprennent pas, ils ne se sentent pas être des délinquants. Ils ne comprennent pas cet argument venant d'un maire mis en examen.
Et la concertation, Monsieur le Député-Maire, celle qui est prévue dans le cadre de la loi Borloo, quand envisagez-vous de la faire ?
« Nous verrons la concertation après, d'abord il faut vous reloger ».
C'est-à-dire quand il n'y aura plus d'habitants dans le quartier ! Le tour est joué ! La concertation contournée…
Un projet immobilier peu avouable
La municipalité profite de ce projet de rénovation urbaine pour servir sa politique immobilière. Il est encore difficile aujourd'hui de connaître les réelles intentions du triumvirat dans le cadre de ce projet. Plus précisément, nous n'arrivons pas à savoir si ce projet rentrera effectivement dans le cadre d'un financement loi Borloo de rénovation urbaine ou bien si cette loi est évoquée seulement pour donner une force autoritaire à cette décision de démolition, et contraindre les habitants actuels à quitter le quartier.
Quoiqu'il en soit, les projets du maire deviennent plus lisibles : il sait depuis fort longtemps que La Coudraie est un site très convoité, en face de son projet des futures Terrasses de Poncy (gigantesque projet de centre de loisirs/commerces, un des plus grands d'Europe), et juste à la sortie de l'autoroute A14, soit à 15 min de Neuilly/La Défense. Il serait peut-être très intéressant d'y construire des logements de standing pour les nouveaux cadres du pôle tertiaire que Peugeot a nouvellement implanté à Poissy même. Et puis, le foncier se fait rare sur cette ville…
C'est pourquoi, depuis des années, aucune action de valorisation du quartier n'a été entreprise. Le quartier a été laissé à l'abandon avec un seul objectif : décourager les familles de rester. Résultat : sur les 600 logements du quartier, 300 sont aujourd'hui vacants et murés...